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DAVID E. KELLEY II est le scénariste de séries télé le plus recherché de Hollywood. Son secret : il aime ses héros comme un père ses enfants ![]() LOS ANGELES (correspondance) L'ÉNORME succès d' "Ally McBeal", qui entame sa troisième saison, c'est lui. "The Practice", "Chicago Hope" et "Snoops", c'est toujours lui. A l'heure du prime-time, David E. Kelley est omniprésent. En septembre, il a été le premier scénariste-producteur hollywoodien à remporter à la fois les Emmys (l'équivalent des Oscars pour la télévision) de la meilleure comédie et du meilleur drame. Marié à l'actrice Michelle Pfeiffer (deux enfants), il rentre à la maison tous les soirs à 18 heures. Et il ne regarde pas beaucoup la télévision. Dans ses studios-bureaux de Manhattan Beach, dans les environs de Los Angeles, Kelley, quarante-quatre ans, déplore sa coupe de cheveux, archicourte il est vrai, qui lui donne un air encore plus gamin que d'habitude. Il en rit, avant de détailler son emploi du temps. "Je passe la plus grande partie de ma jaurnée à écrire. Aujourd'hui, j'étais sur The Practice, et j'ai regardé un montage d'Ally". J'essaie de ne pas écrire sur deux séries différentes le même jour, mais aller de l'un à l'autre dans la même semaine me convient tout à fait." Il lui faut environ quatre jours pour rédiger un épisode, mais il n'est pas rare qu'il le fasse en moitié moins de temps. Contrairement aux producteurs hollywoodiens qui délèguent leurs scripts à une équipe de scénaristes, Kelley écrit lui-même. Et à la main, avec un stylo bon marché, sur de grands bloc-notes à couverture jaune, comme le faisait à ses débuts cet autre avocat devenu écrivain, John Grisham. Car David E. Kelley, après avoir empoché un diplôme d'études politiques à l'université de Princeton - et proposé l'adaptation théâtrale de la Déclaration des droits (le texte de l'indépendance américaine de 1776) en guise de thèse ! -, fait son droit et entre dans un cabinet d'avocats de Boston, la ville qui sert de décor à Ally McBeal et à The Practice. "Ennuyeux", dit-il de ces trois années passées entre dossiers et tribunal. Il trouve le temps d'écrire un scénario, qui deviendra le film "From the Hip" (1987), sa première collaboration avec Hollywood. Steven Bochco, le producteur de "HiII Street Blues", et plus tard de "NYPD Blue", cherchait alors des scénaristes de formation juridique pour la série "L.A. Law" (La Loi de Los Angeles), qui deviendra un modèle dans le genre "série juridique". Rapidement promu producteur, il emporte ses premiers Emmys. Sa première série à lui, "Picket Fences", rencontre l'estime de la critique, mais une audience médiocre. Il supervise toujours "Chicago Hope", une série hospitalière lancée il y a six ans. Avec "The Practice" (avec Dylan McDermott), il décrit l'univers d'avocats pénalistes inventifs déchirés par des dilemmes éthiques. Le gros succès viendra avec "Ally McBeal" : la rencontre d'un scénariste de télévision exceptionnel et de Calista Flockhart, une actrice qui colle à son rôle d'avocate en proie à ses petits et grands démons. Ally McBeal, forte et fragile, émouvante et grotesque, a suscité des réactions extrêmes d'amour et de rejet. C'est là le talent de Kelley: savoir camper au fil des épisodes des individus réellement, cruellement humains, qui engagent, voire dérangent leur public. Est-ce qu'Ally McBeal, c'est lui? Comment écrit-il si bien un rôle de femme? "J'écris des rôles, certains sont des femmes, d'autres des hommes, et peut-être que le secret, c'est qu'il n'y a pas tant de différences que ça", constate simplement Kelley. Ses personnages lui appartiennent, ils sont une part de lui-même. "Quand une série atteint un niveau créatif élevé, c'est toujours parce que son auteur a une très grande passion, qu'il s'est engagé à être le parent de son enfant, son héros, et à le suivre à chaque épisode", explique le scénariste. Sans oublier l'humour. "Je ne suis pas quelqu'un qui peut écrire dix-huit plaisanteries en vingt minutes, je ne fais pas de l'humour conventionnel de sitcom. Mais quand vous commencez à connaître les protagonistes, leurs excentricités, leurs particularités, alors le comique fonctionne." Il arrive aussi à David E. Kelley de faire fausse route. Sa dernière série, "Snoops", une agence de femmes détectives, n'a pas tenu l'antenne longtemps. Mais "l'important, dit-il, c'est de remonter en selle très vite". Et Kelley, qui a toujours été propriétaire de ses créations, vient de signer un nouveau contrat lucratif avec la chaîne Fox et annonce déjà le lancement de sa prochaine série. On pourra voir "The Faculty", qui se déroule dans une école secondaire américaine, dès la rentrée prochaine... Claudine Mulard |